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Requiem pour la presse au Congo « démocratique »

GROTIUS INTERNATIONAL Par Déo Namujimbo Média31 mars 2013

L’Est de la RDC : Requiem pour la presse… S

ans journaux ni véritables radios et télévisions dignes de ce nom, des millions d’habitants de l’Est du Congo dit démocratique doivent se connecter sur les chaînes étrangères et se disputer des journaux vieux de deux ans. Défection en masse des journalistes, arrestations arbitraires, tortures et intimidations et autocensure sont les seuls choix qui restent aux « chevaliers de la plume »…

Inconsolable, Eric Mwamba ne peut plus cacher ni son impatience ni son ras-le-bol chaque jour grandissant. Agé d’une quarantaine d’années, cet excellent journaliste indépendant congolais, membre du Forum for African investigative reporters (FAIR, basé en Afrique du Sud) vit depuis 12 ans entre le Canada, l’Afrique de l’Ouest et l’Australie. « Rien n’est plus frustrant que de devoir fuir son pays pour continuer à exercer le métier qu’on aime et qu’on a choisi », ne cesse-t-il de répéter à tout bout de champ. Près de 10 mille kilomètres plus loin, à Bukavu, J.-M. K., l’un des plus brillants journalistes de radio et de télé de  l’est de la République démocratique du Congo, a dû changer de métier pour s’investir dans l’éprouvante exploitation de l’or et de la cassitérite, horrifié par les meurtres à répétition des journalistes. « Après avoir assisté à l’enterrement de mes amis Serge Maheshe en juin 2007 puis de Didace Namujimbo en novembre 2008, tous deux journalistes de la radio Okapi de la Mission des Nations Unies au Congo,  j’ai compris que mon tour  allait bientôt venir et j’ai choisi de quitter ce métier devenu à haut risque », affirme-t-il en essuyant une larme. Pas moins de 16 journalistes ont été assassinés depuis l’année 2005, ce qui classe le pays parmi les principaux prédateurs mondiaux de la liberté de presse selon les rapports de Reporters sans frontières, de l’Ifex, du Comité pour la protection des journalistes et de toutes les autres organisations œuvrant dans ce domaine. Au Rwanda voisin, Philippe le directeur de la Librairie Caritas de Kigali, ne cache pas sa satisfaction : les journaux se vendent comme des petits pains. Ses principaux clients sont des Congolais qui traversent chaque jour la frontière pour s’approvisionner. « Il n’y a rien de plus ridicule que d’aller acheter à l’étranger un journal pour apprendre ce qui se passe dans le village voisin du vôtre », se désole Kennedy Wema, directeur de Radio Soleil Fréquence verte de Butembo au Nord-Kivu, d’ailleurs fermée par les autorités après l’interview d’un officier mutin. Trois fois plus grand que la France et 50 fois plus grand que la Belgique, l’est de la RDC est aussi étendu que la moitié de toute l’Europe occidentale. Il est composé des provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, du Maniema et de la Province orientale, soit une superficie totale d’environ 1 million 800 mille kilomètres carrés sur lesquels vivent pas moins de 35 millions d’âmes. Pratiquement aucun journal n’y est publié par manque d’infrastructures adéquates. L’enseignant Alexis Bahole, ancien journaliste de presse écrite, résume bien la situation : « Comment voulez-vous faire un journal sans imprimerie ni maison d’édition, sans subvention pourtant prévue par la loi, sans accès aux lieux des événements à cause de l’insécurité et de l’absence de routes ? Avec quoi allez-vous le financer sans accès à la publicité ni espoir de vente au numéro suite à la misère criante de la population » ? Hormis Le Souverain du peuple de Bukavu – un mensuel qui sort quand il peut selon sa directrice Solange Lusiku – et Mongongo de Kisangani, pratiquement aucun journal « sérieux » ne parait sur ce vaste territoire. L’un et l’autre sont imprimés à grands frais à Kampala en Ouganda ou à Bujumbura au Burundi, avec ce que cela coûte en transport et en frais d’hôtel et de douane. « Doit-on parler des feuillets de liaison des innombrables Ong locales, plus soucieuses de justifier les dépenses de l’argent reçu de leurs bailleurs de fonds que de réellement informer la population » ? s’interrogent les habitants. « Par contre, renchérit-elle, la grande majorité des Congolais de l’est, louent l’apport de l’agence de presse franco-congolaise Syfia Grands lacs qui, avec sa cinquantaine de correspondants, nous informe gratuitement chaque semaine grâce à ses articles fouillés et vraiment objectifs ». Tout en soulignant : « Dommage que ces excellents journalistes ne se limitent pratiquement qu’aux  villes…Dans les villages et les montagnes quasiment inaccessibles, ils ont peur de se faire agresser par les soldats et les groupes armés  ».

Petites radios, grands succès

Quid de la presse audiovisuelle ? Pas moins de 400 radios et quelques stations de télé fonctionnent dans cette partie du pays avec les moyens du bord. La plupart appartiennent à des hommes politiques, à des associations ou à des confessions religieuses et ne diffusent donc que « la voix de son maître ». Le seul média bien équipé et vraiment performant reste la radio Okapi de l’ONU. Mais là aussi ce sont les rédacteurs en chef européens qui décident du contenu à diffuser ou non sans toujours tenir compte du véritable intérêt des auditeurs. Celles qui se veulent sérieuses émettent dans un rayon n’excédant pas 5 km à la ronde avec du matériel dérisoire et bricolé : autoradio transformé en émetteur, fil métallique en guise d’antenne, souvent un seul dictaphone pour une dizaine de journalistes… – quand ils ont du courant électrique, ce qui est rarissime ou du carburant dans leurs groupes électrogènes, ce qui relève plutôt du parcours du combattant. « Si au moins nous avions accès aux sources officielles d’information, s’insurge J.K. Tenez, l’autre jour je suis allé voir un lieutenant de la brigade routière pour avoir des éléments sur un enlèvement de jeunes filles dans un village. Il m’a envoyé à son capitaine, celui-ci au colonel puis au général qui m’a affirmé que les militaires, les policiers et en général les fonctionnaires ne pouvaient rien dire à la presse sans l’aval du Commandant suprême, le Chef de l’Etat en personne. C’est d’un ridicule ! ». C’est ainsi que les habitants de la partie orientale de l’ex-Zaïre, l’un des pays potentiellement les plus riches du monde sont contraints, pour être informés sur ce qui se passe autour d’eux,  de se brancher sur les radios internationales à l’instar de la Voix de l’Amérique, la BBC ou encore Radio France Internationale. Là encore, des organisations internationales veillent au grain, surtout en matière de formation et d’équipement : L’Institut Panos Paris, Benevolencia, le Centre Lokole de Search for common ground, Misereor, Syfia, le Pnud etc.  « Que deviendrions-nous sans Reporters sans frontières et Journaliste en danger, pratiquement les seules associations qui défendent nos droits lorsque – et c’est plutôt fréquent- nous sommes assassinés, torturés, menacés ou poussés à l’exil ? », s’interroge l’animateur de radio Alexandre, complètement désemparé …

Comment s’en sortir ?

Contacté au téléphone par nos soins pour savoir ce qu’il pense de l’avenir de la presse et du journalisme au Congo « démocratique », Jean-Marie B., un des derniers monstres sacrés de la profession que ses confrères ont surnommé affectueusement « le Doyen » répond laconiquement : « Devant cette situation il n’y a malheureusement plus que trois choix : l’exil, le changement de métier ou, la pire de toutes, l’autocensure. Bien des journalistes se sont hélas inféodés à des hommes politiques qui profitent de leur misère, mais ceux-là je les compare à des prostituées indignes ». Il reste bien sûr Internet mais là encore la fiabilité et l’objectivité des contenus diffusés exigent d’y regarder à deux fois tout comme d’ailleurs le professionnalisme et la bonne foi des expéditeurs. Ce qu’il fallait démontrer.

Déo Namujimbo Déo Namujimbo est journaliste et écrivain.

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Qui est Déo Namujimbo ?

PRESENTATION DE DEO NAMUJIMBO

Agé de 55 ans, le journaliste, écrivain, correcteur, traducteur et conférencier congolais Déo Namujimbo est marié et père de 8 enfants. Dès son âge et à cause de sa maîtrise innée de la langue française, il a été désigné d’office comme journaliste et parfois rédacteur en chef des journaux scolaires et émissions culturelles de toutes les écoles qu’il a fréquentées à travers la vaste république démocratique du Congo.

C’est donc tout naturellement qu’il choisit de faire de ce métier le but de sa vie. En effet, déjà à l’âge de 16- 17 ans, son père tenant une épicerie – snack à moins de 500 mètres de la station de radio nationale de la ville de Lubumbashi, dans le sud-est du pays, les journalistes viennent régulièrement y boire une bière et manger des brochettes. Lorsqu’ils sont trop fatigués ou ont trop bu, ils demandent à Déo de prendre le micro à leur place, que ce soit pour des émissions ou, de fil en aiguille, pour les infos de la journée.

Prenant goût à l’exercice, et conscient du succès remporté auprès des auditeurs, Déo crée ses propres émissions fort appréciées des auditeurs et du public en général. Une fois terminées ses études secondaires, il s’oriente tout naturellement vers le journalisme à l’université et termine ses études en journalisme, après deux années de sciences sociales. Parallèlement à ses études, il travaille comme animateur culturel de l’Alliance française de Lubumbashi. De retour dans sa ville natale de Bukavu, il s’inscrit en journalisme dans un institut supérieur.

Parenthèse : en juin 1990 il va représenter à Kinshasa la capitale les provinces du Kivu et la province orientale au championnat du Zaïre d’orthographe de langue française de langue française, qu’il remporte haut la main, sur plus de 8.000 concurrents au départ, ce qui lui vaut d’être engagé comme correcteur et chef de rubrique culture de l’hebdomadaire Temps nouveaux, le premier journal d’opposition du pays.

En 1985 donc, ses études terminées et ne trouvant toujours pas de travail, il anime des émissions culturelles et de divertissement à la seule radio de l’époque, la Radio télévision nationale congolaise, avant de collaborer à la création de la radio rurale Maendeleo de la ville de Bukavu, à l’est du Zaïre, en août 1993. Son rôle principal, à part les infos locales, provinciales et nationales, c’est de créer et d’animer des émissions destinées à conseiller la population, principalement les paysans, agriculteurs et éleveurs, sur les secrets de l’agriculture, l’élevage du petit et du gros bétail, l’agroforesterie, l’hygiène humaine et animale, l’apiculture, la conservation des aliments etc.

A l’été1994, lors du génocide au Rwanda, des millions de réfugiés hutu affluent au Kivu. La Fondation suisse Hirondelle crée alors la radio Agatashya en vue de leur venir à l’aide et Déo Namujimbo est tout naturellement engagé pour guider ces pauvres hommes, femmes et enfants parqués dans des dizaines de camps de réfugiés grâce à des
conseils devant leur permettre de survivre ou encore de retrouver leurs parents et enfants dispersés lors de l’exil, avec l’appui d’Ong humanitaires internationales et locales. Lors de la guerre de 1996 qui porte au pouvoir l’ancien chef rebelle Laurent-Désiré Kabila après en avoir chassé le dictateur – Maréchal Mobutu Sese Seko, Déo Namujimbo se retrouve au chômage avant de se faire engager en 1997 comme Conseiller en matière de presse et d’informations de son oncle qui vient d’être nommé Commandant provincial de la police nationale au
Kivu. Petite parenthèse : d’octobre 1996 à février 1997 il a créé et dirigé comme rédacteur en chef la radio du Peuple chaîne 1, sous la direction de la rébellion dirigée par Laurent-Désiré Kabila, dans le but principal de donner les informations des villes et régions ‘libérées’ de la férule de Mobutu, mais aussi d’orienter les populations en débandade sur les moyens de survie en brousse ou dans les localités où ils ont trouvé refuge.

Une fois de plus la guerre éclate le 2 août 1998 et Déo, toujours soucieux d’informer à ses risques et périls sa population et le monde entier sur ce qui se passe réellement au Congo, suit une brigade de la rébellion du Rassemblement congolais pour la démocratie qui va de Bukavu à Kalemie, soit 1700 kilomètres à pied, en pirogue et en camion, brûle tous les villages sur son passage et tue au minimum 6 mille Congolais soupçonnés de s’opposer à leur rébellion et d’être du côté du président Laurent Kabila que lesdits rebelles se sont jurés de renverser pour le remplacer, en vérité pour permettre au Rwanda de faire main basse sur les richesses du Kivu. De ce reportage de guerre Déo fera par la suite, seize ans plus tard, lun livre de 280 pages intitulé JE REVIENS DE L’ENFER, publié aux éditions l’Harmattan de Paris en septembre 2014.

La guerre terminée, il se retrouve une fois de plus au chômage. Autour de lui ne règnent que les massacres de la population, la misère, la corruption, les détournements de fonds publics et l’enrichissement illicite des autorités et autres dirigeants que sont les chefs militaires, les ministres, les gouverneurs, les députés etc. Comme il n’existe aucun journal ni imprimerie dans tout l’est de la RDC, et avec l’avènement de l’Internet, Déo Namujimbo entre en contact au début des années 2000 avec des agences de presse occidentales (Syfia International qui deviendra plus tard Syfia Grands-Lacs basée à Montpellier, InfoSud Suisse basée à Genève en Suisse, International Justice Tribune le journal de la Cour pénale internationale etc) afin de faire savoir au monde entier la situation misérable qui règne au sein de son peuple, les massacres récurrents, l’insécurité généralisée. Il se met alors à sillonner tout l’est de son pays, visite tous les villages, traverse toutes les forêts à pied, à vélo, à moto, à pied et en pirogue, il escalade pratiquement toutes les montagnes, dans le seul but de voir de ses yeux les conditions de vie de ses concitoyens.

Les centaines d’articles qu’il rédige pendant près de huit ans sont publiés sur les sites de ces agences de presse et régulièrement repris par différents journaux du Congo, de France, de Suisse, de Belgique, d’Afrique et du Canada. Il publiera plus tard, en janvier 2010, aux éditions Edilivre de Paris, un recueil de 200 de ces articles dans un livre au titre significatif de « Merde in Congo ». En même temps, il se fait prendre comme Correspondant dans tout l’est de la RDC de Reporters sans frontières où il publie des dépêches d’alertes chaque fois que les droits des journalistes et des maisons de presse sont bafoués.

Comme il fallait s’y attendre, les menaces de mort commencent à pleuvoir sur lui et sa famille. Pendant près de 10 ans, Déo doit se cacher, abandonner fréquemment sa famille et sa ville pour «se mettre au vert». Loin de se décourager ou de se taire, Déo hausse le ton, d’autant que ce sont les fonctionnaires et les militaires qui viennent l’informer chaque fois que le ministre a détourné l’argent public ou que le général a encore massacré des populations dans tel ou tel village. Car dans ce pays potentiellement le plus riche du monde mais dans lequel la population croupit dans la misère la plus noire, où l’on dit que les fonctionnaires souffrent du Sida, entendez le Salaire impayé depuis des années, où plus de la moitié des familles mangent à tour de rôle car n’ayant pas assez à manger en même temps pour les enfants et les adultes, où il n’y a pratiquement plus ni routes, ni hôpitaux, ni écoles ni infrastructures en général qui fonctionnent correctement pendant que les autorités sont millionnaires, envoient leurs enfants étudier en Europe et leurs femmes se faire soigner et passer leurs vacances en Europe et aux Etats-Unis, Déo est devenu en quelque sorte le porte-parole de la
population, l’un des rares qui se donnent réellement pour les défendre devant l’opinion internationale.

Le 21 novembre 2008, son petit-frère Didace Namujimbo est assassiné par balles à 21 heures à 50 mètres de son domicile alors qu’il revient de son travail de journaliste à la radio Okapi, la radio de la Mission des Nations Unies au Congo. Les assassins ont pris ses deux téléphones portables sur lesquels, en plein deuil, ils appellent Déo
pour lui lancer des messages du genre « Tu veux savoir ce qui est arrivé à ton frère ? On va t’aider à le retrouver très vite ». Jamais Déo n’a eu aussi peur de sa vie, ce qui l’incite à multiplier et améliorer ses systèmes de sécurité personnelle. Il en fait part à ses amis journalistes du monde entier et différentes associations de journalistes et de défense de la liberté de presse et de l’expression l’aident moralement, matériellement et financièrement pour qu’il puisse fortifier sa maison à l’aide de clôtures et de portes métalliques, continuer à se déplacer pour se mettre au vert ou encore continuer à nourrir sa famille en cette période difficile où il ne peut plus exercer son métier, la peur au ventre. Curieusement, ce sont les militaires chargés de l’assassiner qui viennent lui dire où se cacher, l’avertir qui est à ses trousses ou encore passer la nuit chez lui pour protéger sa famille.

Par chance, en février 2009, Déo reçoit un message du Sénat français l’invitant à venir à Paris retirer le Prix de la Plume d’Or, un concours de maîtrise de la langue française organisé chaque année dans tous les pays francophones du monde par l’association Défense de la Langue française en partenariat avec la Fondation des Alliances françaises, l’Académie française, l’Institut de France et le Sénat, entre autres.

En effet, Déo Namujimbo a remporté ce prix mondial pour l’année 2008, après avoir été champion du Zaïre d’orthographe de langue
française et de Mots croisés, entre autres prix d’excellence. Arrivé en France le 24 mars 2009, Déo Namujimbo n’en est jamais reparti. En effet, quelques jours après la remise du prix fortement médiatisée au Sénat, il reçoit des menaces par e-mail en lingala, la langue des militaires, qui ne laissent aucun doute sur le sort qui lui est réservé ainsi qu’à sa femme et à ses enfants. Il décide alors de demander l’asile en France pendant que sa famille quitte précipitamment le Congo pour se réfugier au Burundi voisin en se mettant sous la protection du HCR, le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Sa famille le rejoindra par la suite en France dans le cadre du regroupement familial.

ll obtient en trois jours seulement son statut de réfugié car, de la bouche de l’inspecteur de l’Ofpra qui le reçoit le 27 juillet 2009, qui tire de son tiroir tous les articles publiés par Déo en près de dix ans « Vous étiez le seul à nous informer sur ce qui se passe réellement à l’est du Congo. Comme on ne vous lisait plus depuis quelques mois (pendant que Déo se cachait après l’assassinat de son petit-frère) et comme on assassine les journalistes tous les jours dans votre pays, nous avions pensé que vous étiez mort ».

C’est là qu’il commence à voir la duplicité des politiques et des journalistes français, aucune réponse ne lui est plus donnée quand il demande à ceux qui l’ont invité en France et conseillé d’y rester de l’aide pour le regroupement avec sa famille qui vit difficilement au Burundi ou encore pour trouver du travail. Avec l’arrière-goût amer que les Français avaient besoin de lui tant qu’il risquait quotidiennement sa vie et celle de sa famille pour les informer et défendre la belle langue française, l’impression qu’on s’est servi de lui pour ensuite le jeter comme une chaussette sale. Certaines maisons et agences de presse lui proposent même hypocritement, et pour se donner bonne conscience, de l’envoyer en RDC pour qu’il leur serve de correspondant et de représentant local, sachant bien qu’il va refuser étant donné le danger de mort suspendu sur sa tête comme une épée de Damoclès.

Pendant deux ans il ne mange qu’une fois par jour, il revend à petit prix les tickets de restaurant que lui donne chaque semaine la Maison des journalistes (association d’aide aux journalistes exilés en France) où il est logé pendant huit mois, dans le 15ème arrondissement de Paris). Parfois une seule fois tous les deux jours pour pouvoir envoyer à sa femme et à ses enfants tout l’argent (350 euros puis environ 600 euros) que lui remettent la Caf et Pole emploi. Finalement, avec l’aide de la Cimade et de l’avocate Me Fleur Pollono, sa famille finit par le rejoindre après trois ans de séparation, en trois parties : son épouse en janvier 2011, quatre de ses enfants en juin 2011 et les autres en mars 2012. Motif de cette longue séparation : visiblement l’administration française ne veut pas leur accorder de visas d’entrée sous des motifs aussi fallacieux que le manque de tel ou tel document administratif ou encore que tels enfants sont âgés de plus de 18 ans. Par chance Me Fleur Pollono tombe presque par hasard sur un article de la Convention de Genève qui stipule qu’aucun Etat de l’Union européenne n’a le droit d’empêcher le regroupement familial sous prétexte que le demandeur manque un papier ou qu’un enfant a atteint ou dépassé tel ou tel âge.

A ce jour, Déo Namujimbo vit « au jour le jour » en France, sans travail précis avec une femme et 8 enfants à sa charge, avec comme seule ressource la maigre aide qu’accorde la France aux immigrés et aux nécessiteux, quelques piges, ses conférences et ses traductions. Il a envoyé son CV partout, dans toutes les associations, journaux, radios et maisons de presse, en vain jusqu’à aujourd’ hui. Malgré ces difficultés et bien qu’il doive chaque jour se « casser la tête » pour nourrir ses enfants et les élever correctement dans ce pays où ils viennent d’arriver et où ils ne sont donc pas encore complètement intégrés, il fait des conférences dans les lycées, les universités, les académies et les associations à travers la France, la Suisse et la Belgique. A ce jour, il a fait des conférences dans une cinquantaine de lycées dans pratiquement toute la France, a sillonné toute la Suisse sur invitation de PEN Switzerland (l’association suisse des écrivains en exil) mais aussi sur invitation du Musée ethnographique de Zurich, il a animé des conférences en Belgique sur invitation de Pen Flandres dont il est membre d’honneur, ainsi que d’autres associations comme Frères des hommes, encore Tous ensemble de Tours et bien d’autres.

Thèmes de ces conférences : « La liberté de presse au Congo et en Afrique des Grands lacs » et surtout « Est du Congo ‘démocratique’ : de la convoitise des richesses à l’installation volontaire du chaos ». Il fait aussi des traductions de langues africaines qu’il maîtrise parfaitement (swahili, lingala, kikongo, mashi) au français et vice versa pour le compte de maisons de production de documentaires sur l’Afrique et d’associations, principalement celles qui sont représentées au Congo ou encore celles qui s’occupent de l’encadrement des migrants et des réfugiés. En même temps il continue à écrire des romans, des nouvelles, des poèmes, sans avoir encore eu la chance de trouver un éditeur, mis à part son reportage de guerre cité ci-haut chez l’Harmattan.

Dans sa recherche effrénée de travail, mis à part quelques piges sur RFI Nouveaux médias et sur le site de Grotius International, Déo a été Chargé de mission de l’Association mondiale des journaux de janvier à mai 2010. Il a lancé en juin 2014 son autoentreprise « Presse libre en action » dont les objectifs sont les conférences, les traductions et la médiation culturelle, mais celle-ci se cherche encore et n’est pas encore vraiment opérationnelle.

En 2010, Il a reçu le prix Hewlett Hamlett de Human Rights Watch pour la liberté d’expression et en 2011 le prix Oxfam-Novib pour la liberté de presse.

A ce jour, il met la dernière main sur un ouvrage autobiographique relatant les conditions, péripéties, déboires et désillusions de ces cinq dernières années depuis son arrivée en France (intitulé Allons z’enfants de l’Apatride) en même temps qu’une histoire complète de la République démocratique du Congo del’Antiquité à aujourd’hui, vue par les yeux d’un Congolais qui a vécu de ses yeux l’histoire de son pays, qu’il espère différente des nombreux ouvrages précédemment publiés par des « spécialistes » du Congo ethnologues, historiens et autres scientifiques dont souvent on se demande s’ils savent bien de quoi ils parlent. Ces deux livres en gestation sont, comme d’autres manuscrits, en recherche d’éditeur(s). Tout comme son recueil de nouvelles intitulé DEO ET DEBATS, une compilation d’une vingtaine de nouvelles relatant différents épisodes de sa vie aux nombreux rebondissements inattendus, de la plus tendre enfance à ce jour.

Loin de se décourager, Déo Namujimbo reste décidé à poursuivre son combat jusqu’à ce que son peuple retrouve enfin un jour la prospérité, l’abondance, la justice, la démocratie et la dignité. Et il est plus que jamais décidé à brandir sa devise si chère : « Je me bats sans bombes ni fusils. Mes seules armes sont la loi et la justice, la plume et le papier ».

Paris, 12 janvier 2015

Déo Namujimbo
Journaliste indépendant, Ecrivain,
Traducteur, Correcteur et Conférencier

 

 

 

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